What ? [ Pv. Scarly' ]

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Re: What ? [ Pv. Scarly' ]

Message  Mr. Christobale Jefferson le Sam 2 Juil - 20:20


Je ne sais pas trop quoi faire et quoi dire. C'est un peu comme un rêve, on dirait. Enfin, j'ai de la misère à croire que tout cela fasse partie de la réalité... Mais la principale caractéristique des rêves, c'est que peu importe ce qui arrive, ça paraîtra toujours naturel. Or, maintenant, ce n'est pas du tout le cas. C'est comme une sensation de vertige ou un malaise, au fond de moi, qui m'empêche de parler la tête claire. Au moins, je peux enchaîner les mots, elle ne me les a pas complètement volés. Je ne suis pas muet. J'ai vu bien pire que ça. Ce n'est pas une manifestation d'une capacité totalement irréelle qui va me faire sombrer dans la folie, pas vrai? Sinon, je suis déjà à moitié fou, alors ça ne changerait pas grand chose à mon état. La demoiselle semble confuse de mes réponses. C'est vrai que c'est assez évasif. Mais c'est la vérité. Elle s'attend à croiser Jefferson le prof dans un centre d'achats? Non mais... À un moment donné, il faut décrocher. La vie de professeur, ce n'est pas de tout repos. À force d'aller de préparation en préparation et de passer plus que la moitié de tout le temps libre qu'on a chez soi à corriger des copies, on fait une dépression si on ne se repose pas! Je suis un peu sadique quand je suis avec mes élèves, mais je ne suis pas masochiste, je tiens à ma santé.

Autour de moi, une chose me glace le sang. Les élèves qui, figés comme des statues, se fixent les uns les autres, mais la plupart les yeux tournés vers Miss Wiles... C'est extrêmement dérangeant, on dirait des robots prêts à vous sauter dessus à la première occasion. J'essaie de ne pas trop me faire de peurs, mais je ressens quand même un frisson se glisser le long de ma colonne vertébrale. La fille reprend la parole, répondant à mes interrogations sur le même ton mystérieux que ma personne. Ouais... J'aurais dû m'y attendre, vu ce que je lui avais répondu. Elle commence par tracer une ligne entre la position d'élève et celle de professeur. A-t-elle si raison de le faire? J'ai de la misère à y croire. Certes, mes années d'études au lycée sont loin derrière moi, mais elles restent et resteront toujours les plus marquantes de ma vie. J'en ai la preuve car je ne peux la fixer que d'un œil, le droit, et que ma main gauche est refermée sur le pommeau argenté de cette canne. C'est pas avec des souvenirs comme ça qu'on passe à autre chose. D'ailleurs, je ne ferai probablement pas grand chose de ma vie à part être prof et demeurerai probablement célibataire toute ma vie, coincé comme je suis dans mon passé. Il faut que je passe par-dessus, même si être enseignant, ça ne m'aide pas... Bref. Ce n'est pas du tout la question du moment.

Elle ajoute alors qu'elle n'était pas d'aussi mauvaise humeur il y a de cela quelques heures. Apparemment, je suis tombé au mauvais moment. Les cris se sont probablement accumulés dans sa cervelle, chacun cherchant à l'endommager plus que le précédent. Avec tout ce tapage combiné à celui d'une journée complète de lourdes et lentes tortures autant psychologiques que physiques, je comprends aisément ce que la jeune demoiselle essaie de m'exprimer. Elle mentionne également l'emplacement dans lequel nous nous trouvons tous les deux. Ça, c'est sûr, j'aurais préféré de loin être chez moi à préparer mes prochains cours que d'être dans cette classe qui, je le sens, va se rajouter à ma liste de tâches jusqu'à la fin de l'année. Adieu, période de congé. Et elle surenchérit en disant également que je ne m'intéresse pas du tout à elle. À ça. À tout. En fait, c'est faux. Son histoire m'intéresse. Mais seulement, pas dans ces circonstances déconcertantes et pas pendant le cours. Dans un couloir, en passant, je ne sais pas... Quoique ce qu'on me réserve est souvent une averse d'insultes et parfois des objets, mais rarement de paroles lorsque je me faufile entre les élèves pour me rendre à ma classe. Non, vraiment, elle a peut-être un peu raison en disant que nous ne pouvons pas savoir ce que subissent réellement les élèves qui arpentent les couloirs du bâtiment... Puis Scarlett termine en me demandant si j'ai d'autres questions pour sa personne. Je réfléchis.

Ma jambe me fait mal. Encore. Des douleurs chroniques qui, semble-t-il, feront partie de mon quotidien jusqu'à ma mort. Ai-je d'autres questions pour la demoiselle? Probablement. Mais sont-elles pertinentes? Pas vraiment. Alors je la regarde un instant, toujours un sourcil relevé en signe d'étonnement, ne sachant que trop peu quoi faire dans les circonstances. C'est elle qui a le contrôle, on dirait, alors je ne peux pas mettre fin à notre petit «entretien» à sa place. D'abord que je ne comprends absolument rien de ce qui se passe depuis déjà plusieurs minutes dans ce pensionnat maudit. Alors je n'ai finalement qu'une hâte, c'est que ce fichu cours se finisse. Encore faudrait-il que le temps reprenne son cours normal, et donc que je réponde à cette demoiselle. Si ses camarades semblaient bien contents de la voir me défier en quittant la classe, il serait tout de même sage qu'elle-même comprenne que ce n'est pas me défier ni répondre à une provocation de ma part. Elle est de toute évidence souffrante d'un mal de tête. Il me suffirait de lui remettre un billet et elle comprendrait que je ne la mettais pas vraiment dehors... Et elle pourrait avoir des aspirines pour soigner son problème.

« Non, je ne pense pas avoir vraiment de questions pour vous... En toute logique, ce serait plutôt vous qui devriez avoir des questions à me poser, mais soit, » dis-je.

Oui... Mais il faut poursuivre. Le temps file, les secondes s'écoulent et je n'en peux plus de ces mannequins de cire qui me fixent de leurs yeux éteints, qui regorgeaient pourtant de vie il n'y a pas si longtemps. Je porte furtivement ma main à mon front en détournant le regard, l'esprit occupé. Cette situation est étrange... Très étrange, même. Je soupire en baissant les yeux sur ma fichue canne. Enfin, il n'y a pas grand chose à ajouter. Mais je prends une décision. Lentement, je me retourne et marche vers mon bureau. Je jette un coup d’œil en coin à la demoiselle, puis j'attrape un stylo et mon carnet de billets. Je la regarde un instant. Scarlett Wiles, hein? Alors je griffonne sur le bout de papier la date, l'heure, puis au moment de cocher la raison du retrait, j'hésite. Je coche finalement «Malaise» et j'ajoute « Mal de tête, permission de prendre des aspirines à l'infirmerie et de se reposer jusqu'à la fin de la journée. » J'arrache finalement le bout de papier et reviens vers la jeune demoiselle. Je lui tends, doutant malgré tout qu'elle accepte.

« Tenez, mademoiselle... Wiles, c'est ça? Enfin. Si vous voulez des cachets d'aspirine avant d'aller vous reposer... »

Et j'abandonne le petit bout de papier sur le bureau le plus près de la porte. Mes mouvements sont toujours aussi laborieux qu'au début de la période et j'ai dû me fendre encore en quatre pour atteindre mes objets. Encore eut-il été beaucoup plus simple si miss Scarlett avait décidé d'abandonner et de rester bien sagement à sa place pour suivre le cours. Enfin, je suppose, car dans les faits, je ne suis sûr de rien. Alors je relève la tête sans manifester aucune émotion. Et je la fixe, attendant que cet instant de folie prenne fin.

Mr. Christobale Jefferson

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